Et si vous étiez un psychopathe?
En butinant le web, hier, je me suis retrouvé à lire un article fort intéressant sur la psychopathie. Ces psychopathes ne sont pas tous internés, soyez-en non-réconfortés. Il y en aurait même beaucoup plus que vous le croyez.
De quoi tu parles?
Selon l’auteur de cet article, le terme “psychopathe” est presqu’une création du professeur Bob Hare tellement il a contribué à cette branche de la psychologie. En effet, dans les annés 70, ce terme, ainsi que son synonyme “sociopathe”, étaient rendus tellement surutilisés qu’ils servaient finalement à décrire n’importe quel criminel “violent et instable”. Tellement, que 80% des détenus aux États-Unis avaient été diagnostiqués ainsi. Alors, le Prof. Hare, n’en pouvant plus qu’on utilise “psychopathe” à mauvais escient et que les psychologues ne parlent pas la même langue dans leurs travaux de recherche, décida d’inventer une échelle avec laquelle on pourrait quantifier le niveau de psychopathie d’un individu: la PCL-R (Psychopathy Checklist – Revised). C’est une échelle de 40 points. Il y a 20 questions, pour lesquelles ont répond “cela s’applique:” soit ‘0′ pour “pas du tout”, ‘1′ pour “des fois”, et ‘2′ pour “assez souvent”. On additionne le tout et si ça donne dans la trentaine, tu es un psychopathe. Par soucis de transparence dans la traduction, voici à quoi pourrait ressembler les questions, et je cite:
Is he (or, more rarely, she) glib and superficially charming, callous and without empathy? Does he have a grandiose sense of self worth, shallow emotions, a lack of remorse or guilt? Is he impulsive, irresponsible, promiscuous? Did he have behavioural problems early in life?
Faut dire que les réponses à ces questions sont méticuleusement vérifiées auprès de documents officiels tels que des bulletins scolaires, des antécédents judiciaires, etc…
Pourquoi tu nous parles de ça au juste?
C’est que Prof. Hare (ou Dr. Hare, mais je trouve que docteur c’est plus pour les M.D., mais bon…) croit qu’il y 1% de la population qui est atteinte de psychopathie (donc 300 000 personnes au Canada). En outre, il révolutionne le modèle de psychopathe que nous avons en tête en nous martelant que pas tous les psychopathes sont violents, mais qu’une infime portion le serait. Les autres, il les appellent les “subclinical psychopath”, en précisant qu’ils sont des prédateurs souvent très charmants et sans conscience. Et c’est cette notion de conscience qui est la pierre angulaire de sa définition. Par exemple, dans un lab, une minuterie, qui était installée près d’une machine à électrochocs, indiquait le temps restant avant le prochain choc. Il a mesuré le niveau de transpiration d’individus et s’est rendu compte que les psychopathes ne transpiraient pas car ils n’ont pas conscience de ce qui va leur arriver. Les punitions ne leur font pas peur. Une autre expérience intéressante est celle impliquant des lettres de l’alphabet. Ces lettres, qui clignotent en formant un mot ou un non-sens, sont dévoilées à des volontaires et ils doivent peser sur un bouton s’ils voient un vrai mot. Apparemment, chez les “normaux”, ils réagissent plus rapidement à des mots comme “cancer” ou “viol” qu’à “arbre”, tandis que les “psychopathes” réagissent aussi rapidement, comme si ces mots avait le même impact émotionnel.
Ça me fait peur.
Faut pas s’alarmer, mais ses propos sont fort intéressants. Dans un pays comme le Canada où toute personne est de bonne nature et que tout problème comportemental peut être réglé avec de l’amour et des pénitences, ses recherches sont complètement contradictoires. En effet, il croit que ces personnes sont seulement différentes des autres, que leur cerveau est construit différemment, sans être nécessairement malade mental. Par conséquent, on ne peut utiliser les mêmes traitements que pour les autres détenus. Il explique cela avec un exemple. Des enquêteurs avaient de la difficulté à élucider beaucoup de crimes, mais ils avaient un suspect principal. Après avoir écouté le Prof. Hare, ils ont décidé de changer de stratégie pour le questionner. Au lieu de l’approcher en le faisant sentir mal émotionnellement, du genre: “Tu te rends compte ce que tu fais vivre à la famille…”, ils ont provoqué son égo en lui disant: “Tu sais, ce que tu viens de faire n’est rien comparé aux grands tueurs en série de ce monde…”. Il a bondit et avoué tous ses crimes avec détails, tout en en étant fier. Alors comment traiter les détenus psychopathes s’ils n’ont aucun remord et ne peuvent être pris par les sentiments? La question reste à être répondue, mais le prof a des idées. Selon lui:
The idea is to encourage them to be better by appealing not to their (non-existent) altruism but to their (abundant) self-interest.
Analysez-ça vous-même!
Et alors, c’est ti bon, ou c’est ti pas bon?
Pas pire. Le problème est sa petite règle. Il y a souvent un écart de 20 points sur l’échelle entre le diagnostique de la Défense et celui de la Couronne. Un écart de 20 points sur 40, c’est beaucoup. Preuve que même si théoriquement parlant, cette échelle est supposée être fiable, elle est sujette à l’incompétence et le parti-pris, et les impacts d’un abus seraient catastrophiques. Par exemple, les États-Unis ont accepté le résultat du PCL-R comme étant une preuve acceptable pour la peine capitale. Une preuve parmi tant d’autres, certes, mais elle a désormais un poids. Et puisque cette échelle s’est avérée une prédiction fiable de récidivisme (3 à 4 fois plus pour les “high scores”), est-ce qu’on devrait l’utiliser pour cibler les personnes à risque de commettre des crimes? Les Anglais vont dans ce sens: ils concoctent un plan pour permettrent aux autorités d’emprisonner des personnes qui, entre autres, auraient un résultat positif au test PCL-R, avant même qu’ils aient commis un crime.
Tout de même inquiétant, n’est-ce pas?
Références:
-> Texte basé sur l’article Psychopaths Among Us par Robert Hercz
-> Photo: Gracie’s
À lire aussi:
-> The Sociobiology of Sociopathy
-> The Sociopathic or Psychopathic Personality Disorder

