Et si nous disparaissions…
C’est “au bout de cent ans que des gens se sont levés et les ont averti qu’il fallait tout stopper” disaient les Cowboys Fringants dans “Plus rien”. Imaginez un moment si on faisait fi des recommendations des environnementalistes – comme celles qu’on peut lire dans tous les journaux ce matin, dont LeDevoir – et qu’on continuait à profiter des ressources de la Terre tout en la polluant au rythme avec lequel nous avons l’habitude de le faire. Crise économique pour avoir attendu trop longtemps et se voir obligés d’investir des milliards dans l’environnement; une hausse de la température des océans qui entraîne des ouragans plus forts et plus fréquents; pertes d’habitats naturels, émissions de méthane, désalinisation des océans et inondations de grandes métropoles causées par la fonte des glaciers. Bref, pas très joli si on extrapole l’impact de notre train-train quotidien sur notre belle planète bleue.
Imaginez, maintenant, si la Terre parvenait enfin à nous mettre dehors de chez elle. Ou autrement dit, si on réussissait à causer notre propre extinction. Qu’adviendrait-il à la Terre une fois la domination de notre civilisation chose du passée? Si, dans milles ans de ça, des Martiens débarquaient sur la Terre, croyez-vous qu’ils leur resteraient des indices qu’une société complexe a jadis triomphé sur cette planète?
Tout d’abord, si les humains disparaissaient d’un coup (une grosse grosse pluie qui nous effacerait, tiens), la lumière serait encore visible depuis l’espace puisque celle-ci voyage à une vitesse d’une année-lumière par année (ou 9,46 mille milliards km/h). Cela prendrait donc 25 ans avant de voir une Terre complètement dépourvue de lumière si nous la regardions à 25 années-lumières d’ici. Ce n’est pas surprenant si on considère que 85% du ciel de l’Union Européene (et 98,5% chez les Japonais) est pollué par la lumière. Ils doivent se demander ce que c’est des étoiles. Quelques heures après notre extinction, nous verrions des régions lumineuses s’éteindre puisque personne ne serait présent pour alimenter les centrales thermiques ou nucléaires. Les éoliennes, ou encore les barrages hydro-électriques, fonctionneraient plus longtemps mais un manque d’entretien du réseau viendrait à bout de ces formes de production d’électricité. Le manque d’entretien aura aussi un impact sur l’état des bâtiments qui se dégradera plus rapidement, tout comme les ponts, routes et autres structures. Même si ces derniers ont été conçus pour durer de 60 à 100 ans, les calculs prennent en compte les réparations des petits bobos et l’entretien. Oubliez tout de suite les maisons de bois ou les beaux petits ponts en suspension si légers, ou encore les grandes tours à bureaux en vitres; ils seront les premiers à disparaître. Seules les reliques de béton, dans milles ans de ça, serviraient d’indices qu’on a existé.
On croyait que de grands déserts nucléaires règneraient là où les anciennes centrales auraient explosées, mais après avoir analysé la zone où l’ancienne centrale de Chernobyl se situait, les spécialistes se sont rendus compte que la nature reprenait le dessus très rapidement. Une fois de plus, il ne faudrait pas beaucoup de temps avant que Dame Nature efface nos traces et se remette en santé. Cette réversibilité s’applique à la plupart des écosystèmes sur la Terre, surtout ceux qui sont dans des endroits plus humides et chauds; par contre, il y en a qui, sous l’influence des humains, ont dépassé un certain seuil de non-retour et qui ont trouvé un nouvel équilibre stable. On pense ici au problème qui subsiste à Hawaii avec l’introduction artificielle de certaines plantes qui s’enflamment très rapidement et causent l’extinction de forêts entières qui ne sont plus capables de se regénérer.
Croyez-vous que les plantes génétiquement modifiées, une fois notre espèce disparue, conquerront toutes les pairies et domineront ainsi la surface de la Terre grâce à leurs nouvelles propriétés supernaturelles? Probablement non. Une espèce qui était résistante à un certain pesticide s’est déjà “évadée” dans la nature, mais puisque cette espèce n’était pas exposée à ce pesticide et que cette résistance avait un “coût” sur son métabolisme, les plantes non modifiées ont eu le dessus sur cette dernière. Dans un sens plus large, sur les 15 589 espèces en voie d’extinction, celles qui sont en danger à cause de la perte de leur habitat resortiront gagnantes de notre disparition; par contre, quelques-unes d’entre elles ont atteint un point où même un miracle ne pourrait les faire se reproduire (les guépards font partie de ce groupe). Ironiquement, l’avenir des quelques espèces pour qui la cause d’extinction n’est pas humaine et qui ont su attirer l’attention des conservationnistes, redeviendrait sombre à notre départ.
Du côté des océans, ce seront de nombreuses espèces de poissons, dont la morue, qui profiteront de la fin de la pêche industrielle. En effet, la population de morue dans la Mer du Nord avait grandement bénéficié de l’arrêt des pêcheries lors de la Seconde Guerre Mondiale. La santé des bas-fonds des océans reprendra du mieux avec la disparition des chalutiers qui volent les nutriments et qui polluent, et les coraux resplendiront de beauté comme autrefois.
Si les émissions de gaz à effets de serre arrêtaient demain, leurs effets se feraient sentir pendant encore de longues années. Bien sûr, il y a certains oxides qui disparaîtraient de l’atmosphère en quelques semaines, mais l’excès de gaz carbonique (CO2) sera plus difficile à enrayer. Les océans agissent en tant que réservoirs qui absorbent le CO2 dans l’atmosphère; l’eau à la surface prendra quelques décennies à “se remplir” de gas, mais avant que les profondeurs des eaux ne regorgent de CO2, cela prendra quelques millénaires. Et même après cela, il resta 15% de C02 de plus dans l’atmosphère qu’il y en avait avant l’ère industrielle. Éventuellement, les sédiments dans le fond de l’océan relâcheront des ions de calcium qui iront “s’agripper” aux CO2 restant, éliminant ainsi l’excès de CO2 en à peu près 20 000 ans.
Une chose est certaine: même si nous arrêtions de polluer demain, nous avons déjà dépassé un point où la Terre se réchaufferait de toute manière. Certes, nous avons mesuré l’impact de la pollution avec la hausse de température de l’air, mais les océans continueront pendant longtemps à se réchauffer car ils absorbent la chaleur très lentement. D’ailleurs, une chance qu’ils sont là nos océans car ils agissent en tant que gigantesques climatiseurs. Il faut tout de même démentir la croyance populaire que si nous commençons à voir des impacts néfastes du réchauffement planétaire, nous pourrons arrêter tout d’un coup. Même si cela était possible, il serait déjà trop tard car le réchauffement continuerait même sans notre présence. Les océans deviendront toujours plus chauds et feront fondre les glaciers qui sont d’énormes réservoirs de méthane. Même si on arrêtait de produire du méthane, celui-ci serait rejeté dans l’atmosphère.
Grosso modo, il en faudrait pas plus d’une couple de dizaines de milliers d’années avant que la Terre n’efface toutes nos traces et ne nous oublie. Je me demande si des visiteurs extra-terrestres trouveraient encore des indices de notre règne dans 200 000 ans. Probablement des squelettes bipèdes tous cordés les uns contre les autres, quelques-uns avec des pierres précieuses. En fouillant un peu plus, ils trouveraient sûrement quelques cannettes de Pepsi et de Coca-Cola, ou des sacs de plastiques Loblaws là où étaient jadis les sites d’enfouissement. Si la technologie leur permet, ils détecteraient des concentrations d’éléments radioactifs ou des gas qui ne sont pas supposés être dans l’atmosphère (du genre perfluorocarbones, CF4). Bref, au bout de quelques millions d’années, une fois toutes ces petites traces de notre existance disparues, il ne restera qu’un signal radio témoignant de notre “intelligence” qui parcourra l’univers à tout jamais.
-> Photo: wikipédia français
-> Basé sur un article de Bob Holmes


le 1 novembre 2006 à 16:37
TEXTE GÉNIAL!!
RÉVEILLONS-NOUS!!