Mauvais modèle économique
L’industrie de la musique va mal. Les ventes de CD ont chuté de 20% comparées à celles de l’an passé sur la même période (janvier-mars). Les raisons que l’on évoque? Moins de magasins qui vendent des CD au détails (Towers, une grande chaîne de succursales a fermé 89 magasins dernièrement), espace réduit en magasin au profit des articles plus populaires, et le partage illégal de fichiers en ligne. Selon moi, il faut revoir le modèle économique de l’industrie de la musique.
La « Recording Industry Association of America (RIAA) » tente vainement de faire peur à la population en entâmant des poursuites judiciaires contre des présumés “criminels de la musique” afin de freiner l’échange de musique au noir. Je pense à 477 personnes poursuites par le RIAA pour avoir illégalement transféré de la musique sur Internet, même une grand-maman de 83 ans décédée, et une famille qui n’a même pas d’ordinateur à la maison. Cette géante association, au pouvoir lobbyiste énorme, essaie même de passer des lois pour que les fournisseurs d’Internet fournissent les adresses IP de leurs clients à des fins d’enquête.
Je crois que l’on ne devrait pas s’acharner sur un modèle économique qui fût jadis très payant mais qui ne colle plus du tout à la réalité d’aujourd’hui. Tout le monde a Internet; on ne veut plus devoir aller chez un disquaire pour se procurer de la musique. Il y a donc de gros joueurs, comme iTunes et VirginDigital, qui ont lancé des sites où l’on peut télécharger de la musique en ligne à 0.99$ la chanson. Mais ce n’est pas très payant comparativement aux sommes exorbitantes que pouvaient récolter les compagnies de disques comme Sony BMG ou Interscope sur un CD. Ce n’est donc pas surprenant que le format de musique mp3 ait encore une connotation péjorative puisque le RIAA, qui représente ces mégas compagnies, ne cesse de porter plainte contre les utilisateurs de musique digitale.
Le monde digital de la musique naît, alors il faut une sorte de licence qui permettrait de prouver que le fichier mp3 qui est sur notre ordinateur (ou notre baladeur digital) a été acquis de façon légale. On appelle cela la gestion numérique des droits (GND) ou, en anglais, le Digital Rights Management (DRM). Mais comment faire en sorte de créer une seule licence qui serait respectée par tous les sites de téléchargement de musique? C’est difficile parce que plusieurs sources de musique légales existent, notamment les sites personnels des artistes, les sites promotionnels, et les mp3 qui ont été transférés sur un ordinateur depuis un CD légitimement acheté en magasin. Mais le RIAA veut aller plus loin dans la gestion numérique des droits d’auteurs en obligeant les lecteurs de musique d’être équipés d’un moyen de détecter la musique « sans licence ». Imaginez-vous si votre iPOD ou votre logiciel WinAmp ne veut pas faire jouer un mp3 parce qu’il juge qu’il est illégal mais que dans les faits, il est absolument légal? Il est injuste d’accuser des consommateurs pour rien et c’est cette attitude qu’a adopté le puissant RIAA ces dernières années face au gouffre financier.
Je comprends que même si on additionnait les ventes digitales et les ventes en magasins de musique, nous n’arriverions pas aux revenus engendrés pendant les années passées. Comme j’ai dit, nous pouvons maintenant nous « abreuver » de musique sur les sites officiels et promotionnels des artistes, ce qui n’était pas possible avant. Cela n’explique évidemment pas le manque à gagner chez les maisons de disque. Il y a aussi le piratage; on téléchargerait illégalement, en effet, 1 milliard de chansons par mois.
Pourquoi tant de piratage? Premièrement, le RIAA est trop agressif avec leur gestion numérique des droits digitaux. On perd la foi en la validité de la licence lorsque notre baladeur de musique ne veut pas jouer notre chanson téléchargée légalement à cause d’un moyen de détection fautif qui a été forcé d’être installé par le RIAA. Les consommateurs qui sont traités comme des criminels, même s’ils ont toujours agi avec droiture, ne se sentent donc plus mal de télécharger illégalement puisque de toute façon, ils se font accuser. Deuxièmement, d’après des chiffres pas trop officiels, un artiste ferait environ 1$ sur un CD comparativement à 3$ par spectateur à un show. Peut-être que la conscience des consommateurs supporte mieux de « voler » 19$ aux maisons de disques puisqu’ils vont « redonner » à l’artiste en allant le voir live.
Finalement, il y a un problème majeur avec l’essence même du produit: la musique. Chaque album d’artiste « vedette » est de plus en plus dilué à cause des intérêts financiers des grandes compagnies de disques qui endossent ces artistes. On pousse une wannabe, qui n’a qu’un beau corps, à se hisser numéro 1 au palmarès avec des stratégies marketing, au lieu de mettre l’emphase sur la musique. Regardez la majorité des clips de musique rap avec les femmes en bikini, les bijoux, les grosses voitures de luxe,… . Est-ce l’image que l’on vend ou le fruit d’un artiste qui fait de la musique? Si ces artistes sortaient des albums avec plus d’une ou deux chansons de qualité, ils auraient probablement plus de facilité à le vendre au lieu de se faire télécharger illégalement leur fameux « hit » feu de paille.


le 23 mars 2007 à 15:20
Bonjour monsieur,
Je suis d’accord avec votre article sur la musique numérique (même s’il est trop utilisé, digitale est un anglicisme qui ne devrait pas l’être). On pousse bêtement les gens, les jeunes surtout, à se procurer, gratuitement, la musique en ligne. Je vais parfois manger mon p’tit poulet favori au StHub et les écrans nous montrent exactement ce que vous décriez. Même une artiste comme Nelly Furtado joue le jeu du “cul séducteur pour faire grimper les ventes”. Tant qu’à grimper, aussi bien acheter! On achète quoi dans le fond? À qui donne-t-on tout cet argent?
le 24 mars 2007 à 14:51
La vraie raison de la baisse des ventes globales de titres, c’est qu’on n’a plus besoin d’acheter 15 titres pour l’amour du seul titre qu’on voulait vraiment (regardez les stats de iTunes). Ce qui est une maudite bonne affaire. Les maisons de disques, depuis l’élimination des singles comme produit principal, ont arnaqué plusieurs générations de consommateurs.
le 24 mars 2007 à 15:02
Votre comparaison entre les revenus de disques (1$/disuq) et de spectacles (3$/billet) ne tient pas. D’abord, les revenus “artistiques” d’un disque (parts additionnées des auteurs et de l’interprète) tournent autour de de 10%, donc vaguement 2$ par disque et non 1$. Ensuite, les disques qui tournent à la radio rapportent aux auteurs, ce qui s’ajoute aux revenus de la vente des disques. Le “split” d’un spectacle est plus difficile à établir à cause des cachets et des prix d’entrée qui peuvent varier d’un show à l’autre (sans compter les coûts de déplacement des bands qui annulent une partie des revenus de shows, etc.), donc une moyenne ne veut rien dire. Mais SURTOUT, il se vendra toujours plus de disques que de billets de spectacles, donc les revenus des disques sont plus importants. La plupart des shows sont des showcases pour les disques, et non l’inverse.
le 25 mars 2007 à 11:32
Vous avez probablement raison en affirmant que l’on vendra toujours plus de disques que de billets de spectacles. Je me basais sur une citation d’un manager d’artiste qui disait : « Sales are so down and so off that, as a manager, I look at a CD as part of the marketing of an artist, more than as an income stream »